Les radars sauvent des vies ?

Le nombre de tués sur les routes ne cesse de baisser dans tous les Etats membres de l’UE à l’exception de Malte. Les données montrent néanmoins que l’Union est très hétérogène. On dénombre par exemple 98 décès par million d’habitants en Roumanie contre seulement 25 en Suède. Dans certains Etats, la présence de bons systèmes de contrôle de la vitesse contribue largement à ces résultats positifs, mais dans d’autres cela ne suffit pas. Et il est également possible de conduire de vieilles voitures en toute sécurité.

Photo: Amada Slater/Flickr (CC BY-SA 2.0)

En 2017, 25 300 personnes ont perdu la vie dans des accidents de la route au sein de l’UE contre 54 000 en 2000, ce qui représente une baisse de plus de 50 %, et cette tendance se poursuit. Si bien qu’en 2010, le nombre de victimes était tombé à 22 500. Par contre, entre 2010 et 2017, cette diminution a ralentie, chutant d’à peine 6 500 morts – soit une baisse de 20 %. Notre analyse mesure l’ampleur de ce phénomène dans chaque pays pour vérifier s’il y a ou non une corrélation entre le nombre de morts, le nombre de radars présents sur les routes et la moyenne d’âge des voitures.

Selon les données fournies par Eurostat , l’institut européen des statistiques, la Roumanie et la Suède sont les deux extrêmes en matière de nombre d’accidents mortels. En 2017, la Roumanie comptait 98 décès par million d’habitants contre seulement 25 décès en Suède. La Bulgarie arrive juste derrière la Roumanie avec 96 décès par million d’habitants suivie par la Croatie, la Pologne et la Lettonie avec respectivement 80, 75 et 70 décès par million d’habitants. La Hongrie arrive en huitième position avec 64 décès par million d’habitants, ce qui veut dire que 624 personnes y sont morts sur les routes en 2017. Quatorze de plus que l’année précédente.

La moyenne européenne s’élève à 50 décès par million d’habitants et 16 Etats membres se situent au-dessus de cette moyenne. Les Suédois ont le ratio le plus faible avec seulement 25 décès par million d’habitants, suivis de près par le Royaume-Uni (27), le Danemark (32) et les Pays-Bas (31).

Les statistiques relatives au nombre de radars sont issues du SCDB, une base de données mondiale des radars. On pourrait croire que la baisse du nombre d’accidents est liée à une augmentation du nombre de radars présents sur les routes. Certaines données étayent cette hypothèse mais il y a également des exceptions importantes.

La quantité de radars dans un pays peut s’exprimer en nombre de radars par mille kilomètres carrés. Ainsi, la Slovaquie et l’Irlande sont les Etats ayant le moins de radars avec seulement 0,2 radars par 1000 km². A l’inverse, la Belgique puis Malte en ont le plus avec respectivement 67,6 et 66,5 radars par 1000 km². La Hongrie fait partie des pays ayant le moins de radars avec seulement 2,8 appareils par 1000 km², même si les automobilistes ne le voient pas ainsi. Quoi qu’il en soit, la moyenne européenne se situe à 11,7 radars par 1000 km².

Il est intéressant de remarquer que la Roumanie, pays ayant le plus grand nombre d’accidents mortels, est aussi l’un des pays ayant le moins de radars, avec seulement 0,9 radars par 1000 km². En outre, 10 des 11 pays ayant les taux de mortalité les plus élevés comptent seulement entre 0,2 et 4,5 radars par 1000 km². Il y a ensuite un bond avec l’Italie: 12ème plus dangereux avec 55 décès par million d’habitants et ce malgré 33,8 radars par 1000 km². Ensuite vient la Belgique qui déplore également 55 victimes par million d’habitants quand bien même elle a proportionnellement le plus grand nombre de radars. Nous ne pouvons pas tirer de conclusions de ces chiffres, surtout que la Suède et le Royaume-Uni, les pays enregistrant le moins de décès avec respectivement 25 et 27 morts par million d’habitants, se situent aux antipodes en ce qui concerne le nombre de radars par millier de kilomètres carrés. Il y a en effet 31,3 radars par 1000 km² au Royaume-Uni contre seulement 3,8 en Suède.

Faisons un détour par Malte car il s’y passe quelque chose de très intriguant. En effet, entre 2001 et 2007 le nombre d’accidents mortels a baissé dans tous les pays de l’UE, sauf Malte. Au cours des 16 dernières années, le nombre d’accidents mortels a chuté de 75 % en Estonie et en Lettonie et de 72 % en Lituanie, alors qu’il a augmenté de 18 % à Malte. Même la Roumanie, deuxième pays le plus dangereux avec 98 morts par million d’habitants, a enregistré une baisse des décès de 20 % au cours de la même période. La Hongrie occupe actuellement la 21ème place du classement européen après une baisse de 49 % du nombre de morts sur les routes, ce qui la place tout de même en-dessus de la moyenne européenne (54,1 %). Il est donc compréhensible que Malte essaye d’installer des radars supplémentaires. L’île est le deuxième pays ayant le plus de radars en Europe, mais les répercussions positives se font encore attendre.

Plongeons-nous maintenant dans les données sur l’âge moyen des voitures qui ne sont disponibles que depuis 2014. Il semblerait logique que là où les voitures sont les plus anciennes et les moins bien équipées ou entretenues, les gens (conducteurs et piétons) courent le plus grand danger. Pourtant, les chiffres indiquent autrement. Par exemple, la Slovaquie, qui a le parc automobile le plus ancien (11,3 ans) et compte peu de radars (0,2 par 1000 km²), dénombre pourtant un nombre de décès aux alentours de la médiane européenne, bien que déplorant un taux de décès plus élevé que la moyenne Européenne avec 57 morts par million d’habitants. En Estonie, où l’âge moyen des véhicules est de 11 ans et où il y a peu de radars, le taux de décès sur les routes est “seulement” de 36 personnes par million d’habitants. Les Finlandais, Espagnols et Néerlandais conduisent des voitures ayant en moyenne un peu plus de 9 ans et pourtant leurs pays affichent de bonnes statistiques en termes d’accidents. Parmi eux, seuls les Néerlandais ont un nombre plus important de radars, avec 23,7 radars par 1000 km².

Il est intéressant de noter que les roumains, les bulgares et les polonais ont de mauvaises statistiques en termes d’accidents quand bien même ils conduisent des véhicules relativement récents (7,72, 5,54 et 5,75 ans en moyenne respectivement). Les luxembourgeois, qui bénéficient du salaire minimum le plus élevé de l’UE avec 1738 €, possèdent également les voitures les plus récentes (âgées en moyenne de 5,55 ans).

mercredi 10 avril 2019

Auteur/s:

Laszlo Arato

Source/s:

EUrologus
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