Migrants et Covid-19. Les héros d’un jour

De nouvelles informations publiées sur le Portail sur les Données migratoires soulignent le rôle positif que les travailleurs immigrés ont joué dans nos sociétés occidentales durant la pandémie de Covid-19 et révèlent leur large exposition au virus. 

Photo: Alberto Giuliani/Wikimedia (CC BY-SA 4.0)

Les migrants représentent une part de la population européenne en constante augmentation.  Au-delà de cet état de fait, ils constituent un véritable vivier de main-d'œuvre en Europe. Leur rôle est particulièrement important, dans la mesure où beaucoup d’entre eux travaillent dans des secteurs essentiels à n’importe quelle économie, particulièrement en période de pandémie. Comme l’expliquent Francesco Fasani et Jacopo Mazza dans leur article Travailleurs-clés immigrés : leur contribution à la réponse de l’Europe au Covid-19 [anglais], les travailleurs actifs dans ces secteurs peuvent être qualifiés de « travailleurs-clés ».

Le graphique n° 1 indique la répartition des travailleurs immigrés dans différents secteurs-clés de l’Union européenne (UE). Le graphique n° 2 met en évidence la répartition des travailleurs-clés par secteur professionnel en fonction de leur origine (travailleurs natifs de l’UE, travailleurs mobiles de l’UE bénéficiant de la citoyenneté européenne, travailleurs extra-UE). On constate que les travailleurs-clés ont tendance à être plus représentés dans certains secteurs professionnels que dans d’autres en fonction de leur origine. 

Depuis maintenant plus d’un an, le secteur médical [anglais] est en première ligne pour combattre l’épidémie de Covid-19. Ci-dessous, le graphique n° 3 met en évidence la proportion de médecins et d'infirmier.ère.s né.e.s à l'étranger qui exercent au sein du corps médical européen. 

Ces différents éléments semblent indiquer que les migrants tiennent en quelque sorte le rôle de héros de l’ombre au sein de nos économies. Pourtant, cette même catégorie socio-économique figure parmi les principales victimes de la crise. « Les migrants sont bien plus vulnérables au Covid-19 et à ses conséquences », déclare Lorenzo Guadagno, chercheur à l’Organisation internationale pour les Migrants. En outre, ils constituent une population « plus à risque, non pas pour des raisons de santé, mais parce qu’ils sont plus exposés au virus que le reste de la population ».

Par ailleurs, ajoute M. Guadagno, les migrants « sont employés dans des secteurs au sein desquels l’activité continue et ont également moins accès aux moyens de se protéger. De plus, leurs conditions de vie [anglais] sont problématiques puisque, souvent, ils vivent dans des endroits où il est difficile d’appliquer les gestes barrière qui permettent de limiter la propagation du virus. »

Que se passe-t-il si l’un d’eux est contaminé par le Covid-19 ? « Les migrants se heurtent à de nombreux obstacles lorsqu’il s’agit de recevoir des soins médicaux : ils ne bénéficient pas toujours du statut qui permet d’y accéder. En outre, priorité est habituellement donnée à la population locale. Pour la plupart des immigrés clandestins, le choix se résume entre continuer à travailler ou se rendre à l’hôpital. Beaucoup ne cherchent donc pas à recevoir de soins. »

Qui plus est, la pandémie n’a pas seulement touché les migrants sur le plan  sanitaire. Elle les a également affectés au niveau financier : le ralentissement économique a sérieusement entravé leur capacité à travailler et à gagner leur vie. Nombre d’entre eux se sont retrouvés au chômage, sans accès aux ressources financières qui leur permettraient de faire face à l'insécurité économique qui découle d’une telle situation. « Quant aux conséquences indirectes de la pandémie, ils sont beaucoup plus susceptibles de souffrir du ralentissement de l'économie, car ils sont surreprésentés dans des secteurs qui figurent parmi les plus durement touchés par la crise », poursuit M. Guadagno. 

Les migrants « sont généralement les premiers à être licenciés ou à voir leur temps de travail réduit. Dans de nombreux pays, le statut juridique d'un migrant [anglais] dépend de la possession d'un emploi. Le perdre signifie donc tomber dans l’illégalité. De plus, du fait de leur statut juridique ou de la nature informelle de leur travail, les migrants n’ont pas accès à l'aide sociale offerte aux victimes de la crise économique. Ils finissent donc par alimenter le budget de la protection sociale d'un pays, sans pouvoir bénéficier des avantages que procure cette dernière ».

Traductions disponibles
mardi 12 janvier 2021

Source/s:

VoxEurop

Traduction:

S. Belluel | Voxeurop
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