Europe : qui est le plus affecté par la crise ?

Tous les pays européens ne sont pas pareils face à la crise du Covid-19 : l’impact de l’épidémie et les réponses diffèrent parfois grandement, comme le montre le schéma réalisé par Alternatives Economiques.

Image: Felipe Esquivel Reed/Wikipedia CC 4.0

Le Covid-19 a des impacts sanitaires et économiques très différents selon les pays. Et ces différences pourraient avoir un effet délétère sur l’avenir de l’Union : elles risquent en effet d’aggraver encore les trajectoires divergentes préexistantes, et donc menacer sa survie si l’Union ne montre pas (beaucoup) plus de solidarité qu’au cours de la crise de la zone euro. 

Pour apprécier ces différences entre pays, on a pris en compte tout d’abord les taux de la mortalité liée au Covid-19 déclarés à l’OMS par les différents pays. Les modalités de décompte des victimes peuvent varier significativement d’un pays à l’autre, mais il n’existe pas pour l’instant de meilleur thermomètre disponible pour apprécier l’impact sanitaire de cette crise. En ce qui concerne ses conséquences économiques, on se réfère aux prévisions de la Commission européenne publiées au début du mois de mai en matière de croissance en 2020. En se basant sur les valeurs moyennes de l’Union européenne – 277 morts par million d’habitants au 22 mai et une récession de 7,4 % cette année – on obtient ainsi quatre groupes de pays.

1/ Les pays à fort impact économique et faible mortalité

Ce premier groupe rassemble la Grèce, la Croatie et la Lituanie. La Grèce figure en particulier parmi les pays où la mortalité a été la plus faible en Europe grâce à un confinement strict appliqué très tôt. Elle est cependant aussi le pays qui devrait être le plus affecté économiquement selon la Commission européenne. Non seulement du fait du confinement lui-même, mais aussi de l’impact prévisible de l’épidémie sur le tourisme cet été, essentiel à l’économie du pays comme à celle de la Croatie voisine. Après que la Grèce ait déjà été le pays le plus touché par la crise de la zone euro.

2/ Les pays à faible impact économique et forte mortalité

Seuls trois pays européens sont dans ce second cas de figure : les Pays-Bas, la Suède et la Belgique. En dehors de l’Europe, c’est aussi dans ce cadran qu’on trouve les Etats-Unis. Les Pays-Bas et la Suède ont choisi en effet de ne recourir que de façon limitée à des mesures de confinement. Ils ont enregistré des niveaux de mortalité relativement élevés, approchant les taux français, mais devraient subir du coup un impact économique plus limité que la moyenne des pays européens. Quant à la Belgique, un pays très densément peuplé, il est l’Etat européen où la mortalité a été la plus forte (il est aussi cependant celui qui décompte les morts du Covid-19 de la façon la plus exhaustive) mais sur le plan de l’impact économique, il est à la frontière de ce second groupe avec une récession qui devrait se situer dans la moyenne de l’union. 

3/ Les pays à faible mortalité et faible impact économique

Ce cadran regroupe 16 pays, la majorité des Etats de l’Union. On y retrouve tout d’abord tous les pays d’Europe centrale et orientale à l’exception de la Lituanie et de la Croatie, les pays nordiques à l’exception de la Suède, et les pays germaniques, Allemagne, Autriche et Luxembourg. Auquel vient s’ajouter le Portugal, voisin de l’Espagne, qui a réussi cependant à limiter à la fois l’impact sanitaire et l’impact économique de la crise. Les PECO ont été touchés plus tardivement et ont pris des mesures drastiques très tôt. Leur bonne tenue dans cette crise aura probablement des conséquences à long terme pour l’Union. L’avenir de celle-ci dépendra pour une part non négligeable de la capacité des pays de ce groupe, et au premier chef celle de l’Allemagne, d’accepter une solidarité importante vis-à-vis des pays les plus affectés.   

4/ Les pays à forte mortalité et fort impact économique

Ce groupe rassemble l’Italie, l’Espagne, l’Irlande et la France. Ainsi que le Royaume-Uni, qui se situe désormais en dehors de l’Union. Tous ces pays n’ont pas la même histoire vis à vis de l’épidémie. L’Italie et l’Espagne ont été touchées les premières en Europe et n’ont pas réussi à réagir à temps avant que l’épidémie soit devenue très importante. Ce n’est pas le cas en revanche de la France et du Royaume-Uni touchés plus tardivement. Si ces pays ont subi eux aussi une forte mortalité, c’est dû surtout au retard à l’allumage de leurs gouvernements qui n’ont pas pris la mesure de ce qui se passait en Italie et en Espagne. Tous ces pays subissent également les lourdes conséquences économiques d’un confinement strict et prolongé. 

Au bout du compte ces pays, auxquels il convient d’adjoindre la Grèce et la Croatie, auront besoin de la solidarité du reste de l’Europe pour les aider à sortir de la crise. Et en premier lieu, bien entendu, ceux d’entre eux comme la Grèce, l’Espagne et l’Italie qui avaient déjà été les principales victimes de la crise de la zone euro. Faute de mesures de solidarité et de transferts budgétaires d’ampleur suffisante, cette crise risquerait sinon de renforcer les divergences au sein de la zone euro et de l’Union. Ces divergences croissantes menaçaient déjà la survie du projet européen avant l’épidémie, une insuffisante volonté de les combattre pourrait l’achever.

Traductions disponibles
mardi 26 mai 2020

Auteur/s:

Guillaume Duval
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