L’agriculture bio progresse en Europe

Une demande en hausse, des habitudes de consommation moins carnée, le bio a le vent en poupe, et à bon droit !

La consommation de bio* explose dans le monde, en particulier dans l’Union européenne : en 2016, elle représentait 33 milliards d’euros, contre 18 en 2009, soit une augmentation de plus de 80 % en sept ans. Les premiers marchés sont l’Allemagne (9 milliards d’euros en 2016) et la France (près de 7 milliards d’euros en 2016). 64 % des surfaces bio de l’Union européenne se trouvent dans 6 pays : l’Espagne (17 %), l’Italie (15 %), la France (13 %), l’Allemagne (10 %), l’Autriche (5 %) et la Suède (5 %). 

Au-delà de la taille des pays et de leurs marchés respectifs, c’est la part de surface agricole utile (SAU) cultivée en bio qui est le meilleur indicateur des efforts réalisés par les uns et les autres. Les données Eurostat montrent que l’Autriche arrive nettement en tête, avec près d’un quart de sa SAU en bio en 2017. C’est aussi le premier pays européen, avec le Danemark, à avoir mis en place des aides à la conversion et au maintien dès les années 1980, avant que l’agriculture bio ne soit légalement définie dans l’Union européenne en 1991. 

Si l’on se fie à cet indicateur, la France n’arrive qu’en 18ème position. Sa part de SAU en bio augmente en flèche ces dernières années : elle était de 2 % en 2003, soit une multiplication par trois en quinze ans. Elle reste néanmoins inférieure à la moyenne de l’UE, qui s’établit à 7 %. L’Hexagone conserve donc une marge de progression très importante par rapport à certains pays du Nord (Suède, Finlande, pays baltes), de l’Est (Autriche) et du Sud (Espagne, Italie, Grèce, Portugal).

NB : Les données Eurostat pour 2018 ne sont pas disponibles. Pour 2017, la donnée française publiée par Eurostat et communiquée par l’Agence Bio a été ultérieurement corrigée par l’Agence Bio, d’où un écart (6,0 % au lieu de 6,5 %).

Comment l’alimentation bio rejoint-elle les tables des consommateurs ? On peut distinguer quatre profils en Union européenne. Dans un premier groupe, qui compte l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Italie, la République tchèque et la Belgique, les circuits de distribution sont relativement diversifiés. Le bio s’achète aussi bien en grande surface que dans des magasins spécialisés ou auprès des producteurs, en vente directe. Dans un second groupe, comprenant l’Autriche, le Royaume-Uni, le Danemark, la Suède et le Luxembourg, la grande distribution domine. La distribution spécialisée est en revanche le principal canal en Espagne et au Portugal. Enfin, dans les pays d’Europe centrale et de l’Est, la distribution spécialisée est prédominante, mais la grande distribution est en train de bouleverser la donne.

Une alimentation plus végétale

Les chiffres vont dans le bon sens. Comme l’indique le dernier rapport spécial du GIEC sur les terres émergées paru début août, les choix en matière de système alimentaire sont cruciaux pour la qualité des sols, dont les processus naturels permettent d’absorber le CO2 et que leur dégradation entrave. D’où la nécessité d’améliorer leur utilisation. 

L’agriculture bio est une des solutions, comme l’agro-écologie ou l’agro-foresterie. D’autant que malgré ses rendements moindres, l’observation empirique réalisée en France par le bureau d’études Solagro montre que l’assiette du consommateur bio est, de fait, deux fois moins carnée que celle du consommateur conventionnel : il substitue des protéines végétales aux protéines animales. Résultat, dans un contexte où la majorité des surfaces agricoles sont dédiées à l’alimentation animale, un consommateur bio a besoin de 23 % de surface de moins pour se nourrir. Corollaires : la quantité d’énergie directe et indirecte utilisée pour la production agricole est inférieure de 26 % et les émissions de gaz à effet de serre au niveau de la production agricole sont inférieurs de 37 % à celles d’un consommateur conventionnel : 1,2 tonnes équivalent CO2, contre 1,9 tonnes équivalent CO2. Oui, le bio peut nourrir le monde !

*Agriculture bio : mode de production agricole qui exclut l’utilisation de pesticides de synthèse, d’engrais de synthèse et d’organismes génétiquement modifiés (OGM).