Gaz à effet de serre : le chacun pour soi de l’Union

Les émissions liées aux combustibles fossiles en Europe sont en baisse. Mais, en analysant les données, des différences significatives apparaissent entre les pays européens.

Bonne nouvelle : les émissions européennes de CO2 provenant des combustibles fossiles, soit près des quatre cinquièmes des émissions totales, ont diminué de 2,5 % sur l'année 2018, selon les dernières estimations d'Eurostat , publiées le 8 mai dernier. Cette annonce rattrape une année 2017 catastrophique où elles avaient progressé de pratiquement 2%. Cette embellie cache des évolutions très disparates : quand l’Allemagne ou l’Irlande reculent de 5 %, la France et l’Italie affichent -3,5 % tandis que le Royaume-Uni stagne. Surtout, cette baisse reste très en-deçà de ce que l’Union européenne devrait réaliser chaque année pour tenir la trajectoire des 2°C, soit - 3,9 % par an, comme l'avait souligné le bilan énergétique mondial 2018 d'Enerdata .

Emissions européennes de CO2 : des évolutions très disparates

L’Union européenne va-t-elle dès lors relever son ambition climatique et, surtout, s’en donner les moyens ? Le 18 mars dernier, les eurodéputés ont voté à une large majorité une résolution (non contraignante) en faveur de la neutralité des émissions en 2050, ce qui mettrait l’UE en phase avec l’accord de Paris sur le climat. Ils ont également réclamé un renforcement des objectifs intermédiaires : viser une baisse des émissions de 55 % en 2030, au lieu des actuels 40 % (par rapport à 1990). Cependant, les Etats membres ne sont toujours pas d’accord sur un relèvement de leur ambition commune, alors qu’ils sont censés le faire d’ici à 2020 selon leurs engagements onusiens. Seulement sept pays (Allemagne, Espagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Portugal) ont adopté un objectif de neutralité (ou allant au-delà des – 80 % en 2050)… ce qui ne signifie évidemment pas qu’ils soient bien partis pour y arriver. C’est entre autres le cas de la France, comme on a encore pu le vérifier au regard des dernières annonces d’Emmanuel Macron .

Des émissions de GES incompatibles avec les objectifs de 2030 (- 40%)

Si l’on regarde le chemin parcouru, l’Union respecte déjà son engagement d’avoir réduit de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre en 2020. Elle était parvenue à – 22 % en 2017. Mais ce résultat est en partie imputable à la crise de 2008. Et depuis la reprise de la croissance, la baisse des émissions a marqué le pas, quand la courbe ne s’est pas inversée comme on l’a vu en 2015 et surtout en 2017. Entre autres causes, la propension non maîtrisée des Européens à rouler plus, dans des voitures toujours plus grosses. L’évolution actuelle n’est pas compatible avec les – 40 % visés en 2030, eux-mêmes en grand décalage avec la trajectoire qu’exigerait l’accord de Paris, comme l’ont reconnu en mars les eurodéputés. 

Dans cette trajectoire d’ensemble, les importantes différences entre Etats membres ne reflètent pas seulement des écarts de développement, des besoins de rattrapage et des différences de modèles énergétiques. Par exemple, les Pays-Bas ont fait très peu d’efforts, contrairement au Danemark. L’Europe n’explique pas tout et les plus ou moins grandes ambitions nationales font la différence. C’est également ce que montre la situation des Etats membres au regard de leurs objectifs pour 2020 en matière de production d’énergie renouvelable et de consommation d’énergie fixés dans les directives énergie-climat. Sept des onze Etats qui ont dépassé leur objectif de production renouvelable sont d’anciens pays communistes. Et les deux plus mauvais élèves (Pays-Bas et France) font partie des plus riches. 

Energies renouvelables : la France, mauvais élève européen

De même, on compte beaucoup d’économies moyennes parmi les Etats qui ont dépassé leurs engagements de baisse de consommation énergétique pour 2020, tandis que la France, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas affichent une performance inférieure à la moyenne européenne.

Consommation d’énergie : les objectifs 2020 en passe d’être atteints

Si l’Europe devrait atteindre ses objectifs pour 2020 en matières de renouvelables et d’économies d’énergies, elle va devoir accélérer la cadence, ne serait-ce que pour atteindre des objectifs qui ne sont pas aujourd’hui suffisants au regard de l’enjeu climatique. Mais l’Europe n’arrivera pas à relever son ambition et à muscler sa politique si, parallèlement, elle ne change pas de philosophie. L’impératif climatique se fracasse aujourd’hui sur les inégalités au sein de l’UE. Malgré les efforts pour mettre en place une « Union de l’énergie » (l’Union européenne dépend encore à 70 % du charbon, du pétrole et du gaz, largement importés), le chacun pour soi domine. Le chemin vers la neutralité climatique de l’Europe passe par de nouvelles règles du jeu économique pour plus de solidarité entre ses citoyens.

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jeudi 11 juillet 2019
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