L'UE se rapproche de l'objectif de parité entre les sexes au Parlement

L'Union européenne a élu un nombre record de femmes au Parlement européen lors des dernières élections européennes. Malgré cela, les hommes détiennent encore près de 60 % des sièges.

Lors des dernières élections européennes, les vingt-huit États membres ont élu 308 députées au Parlement européen, sur 751 sièges. Le pourcentage de députées européennes est ainsi passé de 37 % en 2014 à 41 % en 2019.

Les élections qui se sont tenues entre le 23 et le 26 mai ont constitué le neuvième Parlement européen depuis les premières élections directes tenues en 1979, à une époque où les femmes ne représentaient que 16 % du total des sièges. Depuis lors, le pourcentage de femmes n'a cessé d'augmenter.

Interrogée sur comment les femmes pourraient obtenir plus de sièges pour atteindre la parité entre les sexes au Parlement européen, la porte-parole de l'Institut européen pour l'égalité hommes femmes (EIGE) a estimé que « les chances que cela se produise dépendent dans une large mesure du fait que les États membres qui comptent actuellement peu de femmes parmi leurs membres prennent des mesures pour assurer un bon équilibre entre les sexes parmi les candidats aux élections. » 

Les données officielles de novembre 2018 (36,4 % de femmes et 63,6 % d'hommes) montrent que l'équilibre entre les sexes au Parlement européen (une institution qui déploie des efforts considérables pour promouvoir l'égalité des sexes) n'a guère changé depuis 2009 (35 % de femmes). Les dernières élections au Parlement européen semblent indiquer un pas de plus vers la parité. 

« D'autre part, la Commission européenne comprend 19 hommes (67,9 %) et 9 femmes (32,1 %). L'amélioration de l'équilibre entre hommes et femmes passe par la nomination d'un plus grand nombre de candidates lors du renouvellement de 2019. » 

Des efforts supplémentaires sont nécessaires en Europe de l'Est pour parvenir à la parité hommes femmes

La Suède a élu le pourcentage le plus élevé de femmes parmi les députés européens, avec 55 %. Dans l'ensemble, 13 pays ont élu entre 45 et 55 % de femmes, dont 7 pays qui atteignent exactement 50 %, selon les données des derniers résultats officiels des élections.

D'autre part, Chypre n'a élu aucune femme au Parlement européen cette année, et la Slovaquie n'en a élu que 15 %. D'autres pays d'Europe de l'Est, à savoir la Roumanie, la Grèce, la Lituanie et la Bulgarie, ont tous élu moins de 30 % de femmes au Parlement européen en 2019.

Interrogé sur la faible représentation féminine dans certains pays d'Europe de l’Est, le porte-parole de l'EIGE répond que « les partis politiques peuvent être des acteurs essentiels car ils définissent la politique des partis et sélectionnent les candidats aux élections. En 2018, les femmes représentaient moins de 1 dirigeant sur 5 (18,4 %) des principaux partis politiques (ceux qui ont au moins 5 % des sièges au parlement) dans l'UE et 1 dirigeant adjoint sur 3 (33,8 %). En République tchèque, en Hongrie, à Malte et en Slovaquie, aucun des principaux partis n'a eu de femme à sa tête depuis la première collecte de données en 2011. »

Par ailleurs, 8 États membres ont élu un nombre inférieur de femmes en 2019 par rapport à 2014. Malte, Chypre et l'Estonie ont perdu le plus grand nombre de femmes au parlement de l'UE, avec une baisse de 17 points de pourcentage, tandis que la Slovaquie a perdu 16 points. Toutefois, malgré cette baisse, Malte a quand même élu 50 % de femmes en 2019. Chypre a chuté de 17 % en 2014 (aucune femme élue cette année) tandis que l'Estonie a chuté de 50 à 33 %.

Entre 2014 et 2019, la Hongrie, la Lituanie et le Luxembourg ont réalisé les gains les plus importants (19, 18 et 17 points de pourcentage respectivement), suivis de la Slovénie et de la Lettonie qui ont toutes deux augmenté leur pourcentage de femmes députés de 13 points. Le Luxembourg, la Slovénie et la Lettonie ont toutes élu 50 % de femmes au Parlement européen.

Les quotas législatifs ont contribué à améliorer la présence des femmes dans les parlements nationaux

Selon l’EIGE, au niveau national, la mise en œuvre des quotas législatifs a fait bouger les choses. Des quotas de candidates aux élections législatives sont actuellement en place dans 10 États membres : Belgique, Irlande, Grèce, Espagne, France, Croatie, Italie, Pologne, Portugal et Slovénie.

En règle générale, les quotas s'appliquent à la liste des candidats présentés à l'élection à l'Assemblée nationale et prévoient des sanctions en cas de non-respect. À l'exception de la Croatie, la représentation des femmes s'est améliorée grâce à l'application de quotas. Toutefois, à ce jour, il n’y a qu’au Portugal et en Espagne que la mise en place du quota n’a pas (ou presque) changé la proportion de membres élus.

Au Portugal, où le quota impose qu’au moins un tiers (33 %) des candidats sur les listes soient des femmes, il y a eu 34,3 % députées élues en 2015 contre 36,4 % actuellement ; en Espagne, où le quota est de 40 %, il y a eu 39,1 % de députées élues en 2016 contre 41,4 % actuellement.

Dans tous les autres cas, des améliorations substantielles sont encore nécessaires. En effet, la proportion de femmes parmi les députés est encore inférieure de 8 points de pourcentage au niveau des quotas de candidates en Pologne et en Irlande, de 11 points en Belgique, en France et en Slovénie, de 13 points en Grèce et de 19 en Croatie. 

Selon l’EIGE, les quotas législatifs ne sont pas une garante de progrès, mais ils ont néanmoins eu un impact positif dans la plupart des pays où ils ont été appliqués.

« Les 10 pays ayant des quotas de candidates aux élections législatives ont commencé avec 18,2 % de femmes en 2004 et ont atteint 32,9 % fin 2018 (sur la base de l'ensemble des membres couverts dans ces pays). Cela représente une augmentation de 14,6 points de pourcentage à un rythme moyen de 1 point par an. Les 18 États membres restants qui n'ont pas de quotas imposés par la loi ont commencé à un niveau plus élevé (24,8 %) en 2004, mais avaient moins progressé (29,9 %) fin 2018, soit une amélioration de seulement 5,1 points de pourcentage à un taux moyen de 0,4 point par an. 

Toutefois, selon l’EIGE, les quotas législatifs ne suffiront pas à eux seuls. D'autres mesures sont également nécessaires pour traduire les quotas de candidates en résultats électoraux. Les stratégies consistent par exemple à s'assurer que « les sanctions sont suffisamment fortes et exécutoires, et à veiller à ce que les femmes soient placées équitablement sur les listes et représentées à égalité dans les sièges qui peuvent être remportés. »

L’EIGE met également en garde sur le fait que « les succès à court terme ne sont pas toujours durables, » citant l'exemple de la Slovénie : « en Slovénie, où il est exigé qu'au moins 35 % des candidats soient des femmes, la proportion de femmes parlementaires est passée de 16,7 % à 35,6 % après les élections de 2011. Ce niveau a été plus ou moins soutenu lors des élections de 2014, mais a chuté de façon spectaculaire à 24,4 % après les dernières élections de juin 2018 (le dernier chiffre de novembre 2018 est de 27,8 %). »

mercredi 10 juillet 2019

Auteur/s:

Kashyap Raibagi

Source/s:

VoxEurop

Traduction:

Arthur Dybowski | VoxEurop
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