L’abandon du charbon annoncé par l’Allemagne donne de l’élan au projet Nord Stream 2

Une commission consultative recommande l'Allemagne de supprimer progressivement l’énergie au charbon d’ici 2038 – ce qui fournira des arguments supplémentaires pour construire le gazoduc Nord Stream 2, sur lequel la Commission européenne a des réserves.

L’Allemagne devrait progressivement fermer ses centrales à charbon d’ici 2038, selon le rapport final publié à la fin de janvier par une commission consultative. « Nous avons réussi. (…) C’est un effort historique », a déclaré le président de la commission Ronald Pofalla le 26 janvier.

Même si le plan d’abandon progressif du charbon, établi sur 336 pages, requiert encore l’accord du gouvernement allemand, ce dernier semble acquis.

Les 28 membres de la commission ont été nommés l’année dernière par la chancelière Angela Merkel et représentaient différents milieux : l’industrie, les groupes écologistes, le gouvernement et la société civile.

En 2018, 22,5% de l’électricité en Allemagne a été produite à partir du lignite et 12,8% à partir de l’anthracite, soit un tiers au total pour le charbon, le combustible fossile émettant le plus de CO2. Le plan de renoncement progressif au charbon serait une étape importante pour l’Allemagne dans la réduction des émissions de CO2 qui ont stagné ces dernières années.

C’est un nouveau défi pour l’Allemagne qui s’est par ailleurs engagée à sortir du nucléaire , une énergie relativement propre du point de vue des émissions de gaz à effet de serre, malgré d’autres préoccupations liées à l’environnement.

Une grande partie de l’électricité provient des énergies solaire et éolienne en Allemagne. Or, la technologie n’est pas encore assez développée pour permettre aux énergies renouvelables d’être stockées pendant les périodes sans vent ni soleil. Les Etats doivent donc recourir à des solutions de rechange, le charbon jusque-là en Allemagne. Il semble probable que ce dernier sera partiellement remplacé par le gaz naturel russe.

« Nous faisons face au problème suivant : le charbon et le lignite seront presque les seules sources pouvant couvrir les besoins de base en énergie », a déclaré Merkel dans un discours au Forum économique mondial de Davos.

Nord Stream 2

Ce discours a laissé sous-entendre la façon dont Merkel pense combiner deux défis politiques : l’abandon du charbon et le projet controversé Nord Stream 2.

Nord Stream 2 est un projet de gazoduc qui permettrait à l’entreprise d’Etat russe Gazprom d’approvisionner l’Allemagne en gaz naturel. Plusieurs alliés de l’Allemagne dans l’UE ainsi que les Etats-Unis sont fortement opposés à ce pipeline, car ils craignent le contournement de l’Ukraine et une dépendance européenne du gaz russe.

L’Allemagne est au contraire favorable à ce projet dont le chantier a débuté sur son territoire l’année dernière. La Commission européenne a elle aussi émis des réserves à propos de ce projet.

C’est aussi le cas des écologistes selon lesquels, bien qu’il émette moins de CO2 que le charbon, le gaz naturel reste un combustible fossile qui contribue au changement climatique.

« Je crois que nous devons admettre que si nous éliminons le charbon et l’énergie nucléaire, nous aurons besoin de plus de gaz naturel », a déclaré Merkel. Elle a ajouté que le gaz naturel allait « jouer un rôle plus important encore dans les décennies à venir » en faisant référence aux discussions portant sur le gaz russe.

« La polémique sur la provenance de notre gaz naturel est sans objet. Nous n’avons d’autre choix que de continuer à nous approvisionner en gaz naturel russe », a dit la chancelière. « Cependant, il va sans dire que nous voulons diversifier nos sources d’approvisionnement. Ainsi, nous achèterons aussi du gaz liquide – provenant peut-être des Etats-Unis et d’autres sources. »

Le conseil donné par la commission allemande pour le charbon a de même suscité des craintes portant sur la possibilité que l’Allemagne exporte tout simplement ses émissions de dioxyde de carbone en passant d’une électricité à base de charbon autoproduite à de l’électricité à base de charbon importé.

Le 27 janvier, l’Institut Ifo basé à Munich a critiqué le rapport de la commission. « Selon les calculs effectuées par l’Ifo, l’abandon du charbon est au moins partiellement compensé par les importations d’électricité produite à partir du nucléaire et du charbon provenant de Pologne et de République tchèque », a déclaré l’institut dans un communiqué de presse .