Des données de meilleure qualité pour lutter contre les violences faites aux femmes

Le manque de normalisation de la collecte des données et les différences culturelles entre l’Europe du Nord et l’Europe de l’Est compliquent les efforts visant à riposter de manière efficace contre les violences faites aux femmes.

Image: Denitza Tchacarova (detail)/Wikimedia

Les signalements de violences contre les femmes sont plus nombreux dans les pays d’Europe du Nord qu’en Europe du Sud ou de l’Est.

D’après les dernières données d’Eurostat, la Norvège, le Royaume-Uni et l’Autriche ont enregistré les plus fortes hausses du nombre de viols et agressions sexuelles pour 100 000 habitants entre 2000 et 2016.

Toutefois, ces chiffres doivent être interprétés avec prudence.

Therese Murphy, directrice des opérations à l’Institut européen pour l’égalité des genres (EIGE), explique à EDJNet que « les pays dans lesquels la confiance dans  les institutions est plus élevée rapportent proportionnellement plus de cas de violences [faites aux femmes] ».

Si une société est plus éduquée, la population est davantage sensibilisée aux questions de genres et le nombre d’actes de violence signalés y est plus élevé que dans un pays où les gens « ne parlent pas des [agressions dont sont victimes les femmes] et certains actes de violence y sont même acceptés », poursuit Murphy.

 

Un sondage effectué par l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne en 2014 a révélé qu’un tiers des 42 000 femmes interrogées dans les 28 Etats ont signalé avoir subi des  violences physique ou sexuelle après l’âge de 14 ans. De plus, 14% des femmes ont déclaré avoir signalé à la police les actes les plus violents commis par leur partenaire.

Toutefois, la violence fondée sur le sexe n’est que l’un des obstacles à la quantification de la magnitude du problème : le manque de données fiables, exhaustives et normalisées à travers l’Union européenne rend difficile la mise en place d’une stratégie effective et efficace visant à éradiquer la violence contre les femmes.

Afin d’estimer « les ressources nécessaires pour résoudre le problème, vous devez le quantifier », affirme Therese Murphy, « et c’est l’une des raisons principales pour lesquelles le cadre stratégique 2015-2018 de l’EIGE se concentre sur la collecte des données ».

« Nous essayons de sensibiliser la population en expliquant à quel point les violences faites aux femmes sont omniprésentes et quel type de remèdes » doivent être appliqués pour l’éliminer, poursuit-elle.

L’EIGE collabore avec les services de police, de justice et statistiques des 28 Etats membres pour standardiser et harmoniser les règles et les procédures. Son objectif est de résoudre les problèmes causés par la diversité des méthodes de collecte des données utilisés par les pays, les différences entre les systèmes juridiques et les problèmes culturels.

« Si les Etats membres collectent les données pour établir les indicateurs que nous proposons et de la manière que nous le proposons, alors nous serons en mesure de les comparer », explique la directrice des opérations de l’EIGE. Néanmoins, le calendrier pour y arriver est difficile à prévoir et dépend des pays.

D’après Murphy, alors que les ex-pays de l’Est ont le plus long chemin à parcourir, l’Espagne ou l’Italie sont également confrontés à « des défis immenses malgré des efforts considérables », en raison des contraintes financières.

Murphy souligne également l’importance de la ratification de la convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. Cet accord force les membres à modifier leur législation, fournir des services et prendre des mesures pour prévenir la violence contre les femmes, mesurer les progrès et évaluer les avancées.

D’après le Conseil de l’Europe, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la République tchèque et la Slovaquie sont les Etats membres de l’UE qui ont signé la convention d’Istanbul sans la ratifier, en novembre 2018.

mercredi 21 novembre 2018

Auteur/s:

Carmen Aguilar

Source/s:

VoxEurop

Traduction:

Frédéric Schneider | VoxEurop

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